Colloque Sciences-Po > Analyses : le colloque du 20 mars 2003
 
Colloque Sciences-Po
Sciences Politiques
Le Val d'Aoste
Le français au Val d'Aoste
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  SCIENCES POLITIQUES
Le français au Val d'Aoste

   
  Statut

Le Val d'Aoste est, depuis la loi constitutionnelle de 1948, une région bilingue où les langues française et italienne sont considérées "à parité". Cette disposition est par ailleurs précisée par le Statut d'autonomie adopté par l'Assemblé constituante italienne la même année.
Ainsi le français est, aussi bien que l'italien, la langue du pouvoir politique et de l'administration : l'accès aux fonctions publiques est conditionné par une bonne connaissance de la langue française.
L'article 38 du Statut d'autonomie stipule notamment que "les actes publics peuvent être rédigés dans l'une ou l'autre langue, à l'exception des actes de l'autorité judiciaire, qui sont rédigés en italien" ; les Valdôtains peuvent cependant utiliser le français dans une procédure judiciaire, mais les juges, pour leur part, ne sont pas tenus à connaître le français.
Le français est également langue de l'éducation : il doit être naturellement enseigné, et les enseignements fondamentaux peuvent se dérouler en français ou en italien ; dans les faits, l'italien est prédominant.
Les minorités linguistiques font par ailleurs l'objet, dans la Constitution italienne, d'une attention particulière : ainsi l'article 6 énonce que "la République protège par des mesures convenables les minorités linguistiques".

Pratique : l'enquête de la Fondation Chanoux

En 2001, la Fondation Chanoux a réalisé une vaste enquête linguistique dont l'objectif était de mieux percevoir le "paysage linguistique" de la région. Cette enquête a notamment mis en lumière les changements intervenus dans la pratique linguistique valdôtaine au cours des cinquante dernières années : le recul de certains parlers locaux comme le walser ou le piémontais était sans doute à cet égard le plus prévisible ; en revanche, le recul du français, dans une région officiellement bilingue, peut naturellement interpeller les observateurs. En effet, le français était déclaré langue maternelle par 1,91% de la population, alors qu'en 1921, lors du dernier recensement linguistique, plus de 80 % de la population se disait "francophone de souche". Par ailleurs, d'après l'enquête de la Fondation, plus de 80% des personnes interrogées disaient connaître le français. Ce constat appelle une réflexion sur la place du français au Val d'Aoste.

Les résultats de l'enquête peuvent être consultés sur le site de la Fondation Chanoux.

Perception par les acteurs sociaux

Constat général

Le constat dégagé par l'enquête de la Fondation Chanoux est globalement partagé par les Valdôtains ; une série de personnalités, rencontrées par notre groupe au cours d'un voyage d'étude en novembre 2002, a confirmé l'existence d'un "déséquilibre" linguistique marqué.
En dépit d'une pratique affaiblie, le français reste encore partie intégrante de l'éducation du Valdôtain. Il est imposé à l'école (jusqu'au baccalauréat), et constitue un facteur discriminant pour rentrer dans l'administration.
Par ailleurs, la notion d'identité valdôtaine est très controversée ; les Valdôtains sont en effet partagés sur son essence "francophone".
La pratique du français varie selon les classes sociales et l'âge. Le français apparaît parfois comme une langue d'élite, du moins comme un trait distinctif des représentants de la noblesse historique de la région et du clergé. Il est dans l'ensemble moins bien pratiqué par les nouvelles générations que par les anciennes.

Atouts et inconvénients du statut bilingue de la région

Le statut bilingue du Val d'Aoste fait l'objet d'appréciations diverses ; ses partisans soulignent, parfois, sa nécessité pour permettre le maintien de l'identité valdôtaine, ou la chance qu'il offre aux étudiants et aux futurs professionnels à travers la maîtrise d'une seconde langue, dans un cadre géographique élargi à la France voisine. Le français, en tant que langue officielle de la région, est cependant parfois instrumentalisé pour justifier l'autonomie du Val d'Aoste. Aujourd'hui, le bilinguisme est moins le résultat de la volonté d'une minorité francophone de ne pas voir s'éteindre l'identité valdôtaine, qu'un argument légitimant le maintien du statut juridique de la région.
Néanmoins, certains Valdôtains dénoncent la discrimination qui peut découler du statut bilingue, alors que tous les habitants de la région ne connaissent pas le français : ainsi, l'accès restreint à certaines professions, à travers l'épreuve préalable de français, pénaliserait le recrutement d'excellents professionnels italiens (notamment de santé) ne maîtrisant pas la langue.
Toutefois, l'idée de maintenir artificiellement le bilinguisme apparaît pour certains comme la marque d'une volonté publique d'imposer l'identité valdôtaine.

Les évolutions envisagées et souhaitées de la situation actuelle

L'affaiblissement de la pratique du français devrait se poursuivre si la situation actuelle se prolonge, notamment sous l'effet de trois séries de facteurs : les migrations de citoyens italiens vers le Val d'Aoste, le renforcement de la tendance à pratiquer davantage l'italien chez les jeunes générations, et le manque d'incitations éducatives et culturelles. Il s'agit là d'un phénomène d'inertie.
Certains avancent l'idée de mettre en place une "école française" où les enseignements seraient véritablement dispensés en langue française.
Le maintien de l'examen préalable de français pour l'entrée dans l'administration est peu controversé.
La dévolution (proposition de loi de Bossi) peut être amenée à fonder l'autonomie du Val d'Aoste non plus seulement sur des critères culturels et linguistiques, mais également sur les dynamiques politiques, économiques et sociales à l'œuvre dans l'Europe des régions. Il s'agirait de conserver et de renforcer le statut autonome non pas en se fondant sur l'existence d'une minorité francophone, mais à travers une nouvelle répartition des compétences entre les différents niveaux de pouvoirs : local et régional, national et européen. On observe ainsi un déplacement de la problématique du champ culturel passé et strictement valdôtain au contexte européen contemporain.

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Dess-Master de Géopolitique - Aoste Sorbonne
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