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Statut
Le Val d'Aoste est, depuis la loi constitutionnelle
de 1948, une région bilingue où les langues
française et italienne sont considérées "à parité".
Cette disposition est par ailleurs précisée
par le Statut d'autonomie adopté par l'Assemblé constituante
italienne la même année.
Ainsi le français est, aussi bien que l'italien,
la langue du pouvoir politique et de l'administration
: l'accès aux fonctions publiques est conditionné par
une bonne connaissance de la langue française.
L'article 38 du Statut d'autonomie stipule notamment
que "les actes publics peuvent être rédigés
dans l'une ou l'autre langue, à l'exception
des actes de l'autorité judiciaire, qui sont
rédigés en italien" ; les Valdôtains
peuvent cependant utiliser le français dans
une procédure judiciaire, mais les juges, pour
leur part, ne sont pas tenus à connaître
le français.
Le français est également langue de l'éducation
: il doit être naturellement enseigné,
et les enseignements fondamentaux peuvent se dérouler
en français ou en italien ; dans les faits,
l'italien est prédominant.
Les minorités linguistiques font par ailleurs
l'objet, dans la Constitution italienne, d'une attention
particulière : ainsi l'article 6 énonce
que "la République protège par des
mesures convenables les minorités linguistiques".
Pratique : l'enquête
de la Fondation Chanoux
En 2001, la Fondation Chanoux a réalisé une
vaste enquête linguistique dont l'objectif était
de mieux percevoir le "paysage linguistique" de
la région. Cette enquête a notamment mis
en lumière les changements intervenus dans la
pratique linguistique valdôtaine au cours des
cinquante dernières années : le recul
de certains parlers locaux comme le walser ou le piémontais était
sans doute à cet égard le plus prévisible
; en revanche, le recul du français, dans une
région officiellement bilingue, peut naturellement
interpeller les observateurs. En effet, le français était
déclaré langue maternelle par 1,91% de
la population, alors qu'en 1921, lors du dernier recensement
linguistique, plus de 80 % de la population se disait "francophone
de souche". Par ailleurs, d'après l'enquête
de la Fondation, plus de 80% des personnes interrogées
disaient connaître le français. Ce constat
appelle une réflexion sur la place du français
au Val d'Aoste.
Les résultats de l'enquête
peuvent être consultés sur le site de
la Fondation Chanoux.
Perception par les acteurs sociaux
Constat général
Le constat dégagé par
l'enquête de la Fondation Chanoux est globalement
partagé par les Valdôtains ; une série
de personnalités, rencontrées par notre
groupe au cours d'un voyage d'étude en novembre
2002, a confirmé l'existence d'un "déséquilibre" linguistique
marqué.
En dépit d'une pratique affaiblie, le français
reste encore partie intégrante de l'éducation
du Valdôtain. Il est imposé à l'école
(jusqu'au baccalauréat), et constitue un facteur
discriminant pour rentrer dans l'administration.
Par ailleurs, la notion d'identité valdôtaine
est très controversée ; les Valdôtains
sont en effet partagés sur son essence "francophone".
La pratique du français varie selon les classes
sociales et l'âge. Le français apparaît
parfois comme une langue d'élite, du moins comme
un trait distinctif des représentants de la
noblesse historique de la région et du clergé.
Il est dans l'ensemble moins bien pratiqué par
les nouvelles générations que par les
anciennes.
Atouts et inconvénients du statut bilingue
de la région
Le statut bilingue du Val d'Aoste fait
l'objet d'appréciations diverses ; ses partisans
soulignent, parfois, sa nécessité pour
permettre le maintien de l'identité valdôtaine,
ou la chance qu'il offre aux étudiants et aux
futurs professionnels à travers la maîtrise
d'une seconde langue, dans un cadre géographique élargi à la
France voisine. Le français, en tant que langue
officielle de la région, est cependant parfois
instrumentalisé pour justifier l'autonomie du
Val d'Aoste. Aujourd'hui, le bilinguisme est moins
le résultat de la volonté d'une minorité francophone
de ne pas voir s'éteindre l'identité valdôtaine,
qu'un argument légitimant le maintien du statut
juridique de la région.
Néanmoins, certains Valdôtains dénoncent
la discrimination qui peut découler du statut
bilingue, alors que tous les habitants de la région
ne connaissent pas le français : ainsi, l'accès
restreint à certaines professions, à travers
l'épreuve préalable de français,
pénaliserait le recrutement d'excellents professionnels
italiens (notamment de santé) ne maîtrisant
pas la langue.
Toutefois, l'idée de maintenir artificiellement
le bilinguisme apparaît pour certains comme la
marque d'une volonté publique d'imposer l'identité valdôtaine.
Les évolutions envisagées et souhaitées
de la situation actuelle
L'affaiblissement de la pratique du
français devrait se poursuivre si la situation
actuelle se prolonge, notamment sous l'effet de trois
séries de facteurs : les migrations de citoyens
italiens vers le Val d'Aoste, le renforcement de la
tendance à pratiquer davantage l'italien chez
les jeunes générations, et le manque
d'incitations éducatives et culturelles. Il
s'agit là d'un phénomène d'inertie.
Certains avancent l'idée de mettre en place
une "école française" où les
enseignements seraient véritablement dispensés
en langue française.
Le maintien de l'examen préalable de français
pour l'entrée dans l'administration est peu
controversé.
La dévolution (proposition de loi de Bossi)
peut être amenée à fonder l'autonomie
du Val d'Aoste non plus seulement sur des critères
culturels et linguistiques, mais également sur
les dynamiques politiques, économiques et sociales à l'œuvre
dans l'Europe des régions. Il s'agirait de conserver
et de renforcer le statut autonome non pas en se fondant
sur l'existence d'une minorité francophone,
mais à travers une nouvelle répartition
des compétences entre les différents
niveaux de pouvoirs : local et régional, national
et européen. On observe ainsi un déplacement
de la problématique du champ culturel passé et
strictement valdôtain au contexte européen
contemporain.
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